Unité Pastorale St François Mons-Est

Méditation 24ème dimanche ordinaire B – 12 septembre 2021

La grande engueulade ! (Marc, 8, 27-35)

Frères et sœurs, ça chauffe dans l’évangile ! 
Si vous écoutiez attentivement, vous vous êtes demandé où Jésus voulait en venir ?
Si vous n’écoutiez pas, vous vous êtes peut-être réveillés quand Jésus a dit : Arrière, Satan !

La pire des choses serait d’avoir laissé glisser sur vous ces paroles comme de l’eau sur le dos d’un canard ! On a tellement l’impression de connaître l’Evangile : Ah oui !, Césarée de Philippe ! La confession de Pierre ! C’est l’évangile proclamé le plus souvent dans la liturgie. Oh là, là ! On connaît, vous pensez, depuis le temps !
Le petit problème, c’est que cette année, nous lisons la version de saint Marc. Et que Marc est le secrétaire de Pierre, son compagnon inséparable avec qui il a annoncé la Bonne Nouvelle auprès des Juifs de Judée. Alors, il connaît bien son maître et, plus qu’un autre, il peut « se permettre » !
Son évangile pourrait s’intituler : La Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le fils de Dieu et de la déconstruction systématique de Pierre. Pierre qui n’arrête pas de parler au nom des autres et qui dit des bêtises et qui, à la première occasion, se désolidarise des autres : Même si tous viennent à tomber, moi je ne tomberai pas
Vous n’entendrez pas dans l’évangile de ce jour, Jésus dire à Pierre : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Non c’est beaucoup, beaucoup trop tôt ! Il faut attendre, tout à la fin, que la servante arrive, fasse son travail de sape et que le réveil sonne (je veux dire le coq : l’animal de la résurrection qui annonce le jour quand il fait encore nuit dans le cœur de Pierre) pour que la déconfiture de l’apôtre soit totale et que Pierre qui n’a pu être « Simon » (celui qui écoute) soit totalement dégonflé de cet air vicié du sentiment de sa supériorité.
Tout avait commencé comme en temps d’élection : un petit sondage initié par Jésus, vite fait, bien fait, mais pas n’importe où, dans la ville de César. Jésus sait choisir ses lieux symboliques pour frapper fort : Au dire des gens, qui suis-je ?
Et ils avaient répondu tout en cheminant, mais en cheminant à reculons : tous des noms du passé ! Des noms prestigieux sans doute : Jean-Baptiste, Elie (le grand prophète !) et tous les autres…Mais tous, des gens du passé…
Et vous que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ?
Pierre se précipite, saisit le micro. Heureusement, sa voix s’enraie et il s’entend dire : Tu es le Messie !
Jésus qui a entendu la voix du Père, fait taire immédiatement Pierre avant qu’il ne déraille sur la signification de ce qu’il vient de dire à son corps défendant et avant qu’il n’ajoute un mot qui ne pourrait qu’être un mot de trop et surtout un mot de travers.
Et tout de suite Jésus commence à donner publiquement (à voix forte) le sens de ce qui vient d’être dit en changeant d’abord de terme, refusant d’employer le mot « Messie – Christ» et lui substituant celui de « Fils de l’humain » : Fils d’Adam.
Voici donc annoncées, par l’intéressé lui-même, les grandes lignes qui seront celles du programme de celui que Pierre a nommé, lorsqu’il était sous influence du Père : Il faut que le Fils de l’humain souffre beaucoup, qu’il soit rejeté, qu’il soit tué et que, trois jours après, il ressuscite.
Pierre (encore lui), en entendant ça, tire Jésus par la manche, le ramène en arrière et lui dit : Mais ce n’est pas ça du tout que j’ai dit : ça, ça ne t’arrivera pas. Nous sommes tous là pour te défendre et t’empêcher d’aller à la dérive…
Jésus, devant ses disciples abasourdis, passa un de ses savons à Pierre ! En qui il ne voyait plus maintenant que les cornes et la queue fourchue du démon !
Il « l’engueula » (c’est la seule façon de traduire correctement le verbe employé) et il lui colla sur le front l’étiquette qu’il mérite : Satan !
Plus rien à voir avec toi : va te cacher le plus loin possible à l’arrière !
Tu n’es plus qu’une pierre qui fait tomber ! Tu es un obstacle sur ma route ! Tu es dépassé ! Tu sens déjà la mort !
Tes apparentes bonnes intentions ne sont que les pavés de l’enfer ! Tu parles de mort quand je te parle de vie. Tu fermes l’avenir aux humains en t’enfuyant de l’histoire et en ne cherchant qu’à sauver ta peau.
Pourquoi une telle engueulade à ce pauvre Pierre et aux autres d’ailleurs et qui ne peut que retomber sur nous, car Pierre, souvent : c’est tout nous ! ?
Pourquoi ? Parce que l’Evangile est en jeu. Parce que la Bonne Nouvelle est en jeu.
Jésus ne parle que de vie et de vie éternelle, de réussite, de Bonne Nouvelle, d’une Nouvelle toujours nouvelle car elle est celle de notre avenir : Il faut que le troisième jour, le Fils de l’humain ressuscite !
Pourquoi est-ce que Pierre n’a pas entendu ça ? Jésus l’a pourtant dit clairement !
Pourquoi est-ce que jamais personne n’entend ça quand Jésus parle de son itinéraire qui doit nécessairement aboutir à la vie éternelle ? C’est pourtant dit : Il faut que le troisième jour, Il ressuscite !
Nous voulons bien la paix, mais sans travailler à la faire.
Nous voulons un monde sans violence mais sans que cela nous oblige à nous battre pour la faire reculer : par exemple en pardonnant, en luttant pour la justice pour nous et pour les autres, en acceptant que les autres soient respectés autant que nous…
Sans mouiller sa chemise, il n’y a pas d’avenir pour l’humain.

Renoncer à soi n’est pas cesser d’être libre, au contraire : c’est s’ouvrir à l’autre, c’est reconnaître en l’autre un frère, une sœur en humanité et construire la fraternité.
C’est pourquoi le terme de « Fils de l’homme » est une figure dans laquelle tout un chacun peut se retrouver.
Jésus ne nous fait pas part d’un savoir nouveau. Il nous indique le chemin, la démarche à suivre, la sortie du tombeau, la sortie de soi pour entrer dans les vues de Dieu et établir dès ici-bas le Royaume.
Dans la deuxième lecture, saint Jacques montre l’absurdité d’une foi qui ne se traduit pas dans une pratique, dans une mise à la suite de Jésus. Il faut mettre la Parole en application pour qu’elle sauve. Il faut faire le plein de l’Evangile pour aller jusqu’au bout de sa vie en donnant la vie. 
Le refus d’aimer concrètement le prochain ankylose et entraîne peu à peu la mort spirituelle. Cette exigence est telle qu’il est vital que nous suivions le Fils de l’homme sur son chemin de gloire. Il n’y en a pas d’autres !
Vous connaissez la fameuse formule : Je suis croyant mais pas pratiquant.
Cette affirmation péremptoire est un nid de contradictions :
– D’abord elle fait entendre que l’on pourrait croire en Dieu sans lui témoigner sa reconnaissance alors qu’il est la source de la vie et de la communion entre les hommes.
Dans la vie de couple ça reviendrait à dire : Mon mari, ma femme sait que je l’aime. Je n’ai donc pas besoin de lui dire ni de lui prouver sans cesse. Ça ressemble fort à un : Je t’aime, moi non plus !
– Ensuite, ça laisserait entendre que l’on peut croire en Dieu, en son salut, sans s’engager concrètement au développement et au bien-être de tous, ce que saint Jacques appelle : une foi bel et bien morte !
– Mais surtout, alors même que l’on revendiquerait avoir été baptisé, ce serait affirmer en totale contradiction avec le sacrement que l’homme n’a pas besoin de Dieu pour accéder à la vie d’enfant de Dieu et vivre dans le Christ en se laissant guider non par sa propre volonté mais par l’Esprit de Dieu.
C’est ainsi que l’on peut se dire tranquillement chrétien et être raciste, être incapable de pardonner, critiquer la communauté chrétienne alors qu’on n’y mettrait jamais les pieds, trouver incongru le fait d’être sollicité à prendre une part active à la mission de l’Église, celle notamment de transmettre la foi à ceux dont nous avons la charge…
Bel exemple d’inconséquence ! C’est celle de Pierre, c’est la nôtre quand nous nous contentons de parler sans agir, de prétendre avoir la foi sans la pratiquer…
Ah ! Si nous acceptions d’être toujours à portée d’engueulade de Celui qui rêve pour nous d’un grand destin de fils et de filles dignes d’un Dieu qui nous a créés et voulus à son image et à sa ressemblance !

Abbé Michel Diricq

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